Je n'ai jamais compris à quoi servaient les maths tant qu'elles n'étaient pas appliquées à des faits concrets: par exemple, les 4 opérations de base, c'est super utile, le calcul mental et les tables de multiplication, ça sert tous les jours, les pourcentages aussi. Mais la trigonométrie, sérieux? Les théorèmes de Pythagore ou de Thalès? Alors je peux comprendre qu'on remette en cause l'intérêt à long terme et pour chacun de l'enseignement littéraire. Mais pas tout, et pas n'importe comment. Un peu comme moi avec les maths.

Du coup, acte 1: à quoi ça sert d'étudier le Français, comme langue?

Tout d'abord, parlons du cas du Français Langue Étrangère, dont je suis la digne (ou pas) représentante ici =) A peu près 200 millions de gens dans le monde parlent Français (apprenants et pratiquants confondus, selon les chiffres de diplomatie.gouv, que je ne saurai contester). Les personnes qui l'apprennent à l'étranger, sont des gens qui veulent apprendre une langue vue comme celle d'un pays réputé pour sa culture, qui veulent immigrer en France (ou y faire des études), ou y faire des affaires (hé oui, on est une puissance économique importante, malgré tout); les personnes qui le parlent sont des émigrés français, des habitants des pays qui ont été colonisés, La langue française est parlée sur les cinq continents et c'est de plus en plus important de parler deux langues étrangères: donc même si l'anglais, l'espagnol et le russe ou le chinois sont favorisés, le français reste une langue plutôt très apprise à l'étranger, parce qu'elle apparaît comme un outil bien utile. Je vous conseille ce site qui donne des chiffres intéressants et dresse un état des lieux. Sinon, en tapant "pourquoi apprendre le français?" sur Google, des gens explicitent les quelques raisons que je viens de donner, même si c'est un peu trop en faveur du Français pour que ce soit totalement honnête.

Le Français Langue Maternelle, lui, est vu de façon ambivalente par ses propres locuteurs... Tout le monde reconnaît aisément que c'est bien d'apprendre le Français pour pouvoir communiquer entre nous quand on est en France ou dans l'espace francophone. Jusque-là tout va bien. Par contre, et là où ça se complique, c'est que plein de gens remettent souvent en cause l'apprentissage des règles de grammaire, de l'orthographe, des conjugaisons, et tutti quanti. On en arrive même à des gens qui font plein de fautes d'usage, de syntaxe et autres parce que ce qu'ils disent est compréhensible, alors à quoi bon maîtriser sa langue? 

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Moi-même, il y a beaucoup de règles de grammaire, ou de conjugaison, d'accords, etc, que je ne maîtrise pas forcément. Quand je me pose une question, je cherche, je trouve, et je corrige si besoin est. Je ne fais pas beaucoup de fautes, mais j'avoue que je fonctionne plutôt à l''intuition dans bon nombre de cas. Par exemple, je ne connais pas par coeur toutes les subtilités de l'accord de proximité, mais je travaille à l'oreille du coup pour ce genre de choses, et souvent, je finis par avoir la bonne réponse. En tant que future prof de FLE, j'essaie d'avoir des explications logiques aux questions que je me pose et de ne plus y répondre intuitivement: mais je ne sais pas si c'est vraiment la solution idéale vers laquelle on doit unilatéralement aspirer. C'est sûr que c'est toujours mieux de savoir expliquer pourquoi on arrive à tel ou tel résultat quand on fait un calcul; mais si des élèves y arrivent sans avoir besoin de s'encombrer de tout le métalangage et de tous les moyens mnémotechniques, est-ce que c'est vraiment la peine de faire en sorte qu'ils intègrent la règle à tout prix?

Pour des étrangers, je pense qu'une majorité d'apprenants auront besoin de la règle pour pouvoir l'appliquer et pour pouvoir comprendre le fonctionnement de la langue. Mais il existe une méthode didactique dite hypothético-déductive que je trouve plus intéressante: plutôt que de donner la règle puis des exemples, on donne d'abord des exemples de la règle en emploi, en usage, puis l'apprenant essaie, à coup d'essais et erreurs, de trouver comment ça fonctionne en proposant une hypothèse sur ce qu'est la règle. C'est sûr que ça peut pas marcher avec tous les publics et que tous les esprits n'intègreront pas de la même façon les choses comme ça: mais ça peut être intéressant.

Je ne suis pas convaincue que savoir nommer le plus-que-parfait et l'imparfait (par exemple) de façon absolue soit nécessaire. Ce qui compte, c'est de maîtriser la conjugaison des verbes qu'on veut employer et de savoir comment employer les temps. Ce qui bloque, à ce moment-là, c'est que pour être sûr que chacun a compris ce qu'étaient les temps, à quoi ils servent et ce qui les différencient, il faut bien mettre un nom sur eux. Alors le métalangage devient utile... En tant que donnée brute, donc, la grammaire, la conjugaison, ou l'orthographe ne servent à rien: apprendre qu'éléphant s'écrit "éléphant" et pas "helléphaon" ne sert à rien en tant que tel, savoir conjuguer "gésir" au présent de l'indicatif non plus, de même que connaître les subtilités de l'accord du participe passé avec avoir. Tout ça, le Français en tant que langue, ça ne sert que quand c'est mis en mouvement, que c'est utilisé: parce que même si on vous comprend quand vous écrivez "demain illoura coupure d'eau" (cc Chers Voisins), aujourd'hui l'orthographe est une norme, un standard que chacun se doit de respecter pour pouvoir se reconnaître dans une même langue, bien qu'elle soit changeante (je pense y consacrer un article, un jour).

Sur la route, si on ne respecte pas le code de la route, on est incompris des gens qui partagent la route avec nous et on provoque un accident; si on ne respecte pas les normes de la langue, on est mis à l'écart (du monde l'emploi par exemple, quand on voit qu'une lettre de motivation avec des fautes est discriminante, ou même de la société, avec les a priori qui sont souvent en cours contre les illettrés ou les dysorthographiques/dyslexiques etc.). Du coup, bien parler Français, c'est quand même mieux, non? :)